Wax Tailor : MUSICALEMENT VÔTRE !

Publié le par Orbeat


Wax Tailor-2009-Zazzo-2
Un nom qui fait mouche et une série d’albums unanimement salués, dont le denier en date « In The Mood For Life ». En a peine cinq ans, le frenchy Wax Tailor, virtuose de son Etat, n’a eu de cesse d’enthousiasmer critiques et mélomanes avides d’un hip-hop "cordialement" orchestré.

 

Tu es DJ, compositeur, arrangeur, auteur, producteur… comment as-tu appris ton métier ?
Sur le terrain. Toutes ces casquettes sont liées et forme un tout. Mais avant même d’être tout cela à fois, je suis surtout auditeur. C’est le fait d’aimer la musique qui fait que je me suis intéressé à tel ou tel aspect du métier. Aujourd’hui, j’essaie de mettre à profit tout le savoir que j’ai acquis avant tout en tant qu’auditeur. Comme beaucoup dans le métier, j’ai appris de manière quasi-autodidacte. J’ai été influencé par des groupes comme Public Enemy, Tribe Called Quest aux États-Unis ou encore NTM en France.

On a tendance à te classer dans une seule case, celle de "chef d’orchestre". Tu approuves ou tu trouves cela réducteur ?
Oui, c’est un dénominateur que j’ai moi-même utilisé. Mais à dire vrai, celui que je trouve le plus approprié est celui de "metteur en son". Dans le titre de "chef d’orchestre", il y a peut-être cet a priori qui peut faire penser que l’on est simplement donneur d’ordres. Que l’on ne met pas la main à la patte, que l’on se contente juste de faire jouer des partitions déjà écrites. L’idée de "metteur en son" me plait d’avantage, car elle sous-entend une vision globale. Je n’ai pas la prétention d’être un instrumentiste hors-paire ou d’avoir la science infuse de la mélodie. En revanche, j’aime bien mettre toutes mes casquettes d’apprenti au service d’un projet. En cela, je trouve que ma démarche se rapproche beaucoup de celle d’un réalisateur ou d’un metteur en scène. Le parallèle est intéressant puisqu’il s’agit, tout autant pour moi, d’être capable de conjuguer tous les éléments dont je dispose pour mener à bien un projet.

Tu es aujourd'hui un artiste mondialement reconnu... Est-ce dû à ton détachement du rap Français ?
Oui sans doute, car la langue est une barrière. J’ai connu une étape dans ma carrière durant laquelle je faisais du rap français (au sein du groupe La formule, Ndr) et je me suis assez vite rendu compte que cela limitait le champ des possibilités. Mais finalement, ce n’est pas vraiment un détachement, puisque le rap français ne fut qu’une transition. Mes premières expériences étaient en anglais. Et, même lorsque je faisais du rap français, cela ne m’empêchait pas de travailler sur des productions en anglais. Je ne suis finalement revenu qu'à mes premiers amours.

La musicalité de la langue française ne te touche pas suffisamment ?
La langue française me touche en littérature et aussi dans certains rap. Mais je pense et je continuerai de penser qu’elle n’est pas assez adaptée à la musicalité. Culturellement, la langue française est contrainte de s’accrocher aux mots au dépend de la mélodie. Nous sommes, en France, dans une culture où la voix est au dessus de tout, tandis que dans la culture anglo-saxonne, il y a autant une culture de la voix que de l’instrument. Je me sens beaucoup plus proche de cette vision.

Tu as collaboré avec Sharon Jones ou encore Charlie Winston… Est-ce qu’avec des artistes de cette envergure, tu peux être totalement maître ?
C’est simple, qu’il s’agisse des plus connus comme Charlie Winston et Sharon Jones ou des moins connus comme Sarah Genn et Charlotte Savary, je vais avoir la même démarche. Il n’est ni question de leur laisser le contrôle, ni de les brimer. L’idée est toujours la même. Je veux absorber ce qui me plait le plus de leur personnalité respective, tout en leur faisant comprendre que le feeling sonore que je suis en train de créer reste le mien et non le leur. Ils sont acteurs et je suis réalisateur. C’est le point de départ de toutes mes collaborations et c’est ce qu’il faut qu’ils acceptent. Il y a des gens avec qui je n’ai d’ailleurs pas pu travailler pour cette raison. Visiblement, ils n’étaient pas près à faire cette démarche, ce que je peux comprendre. En outre, je ne m’interdis pas d’utiliser au mieux leurs personnalités. J’essaie toujours de rebondir sur ce qu’ils sont capables d’injecter. Mais il est clair que j’aime rester maître de ce que je suis en train de réaliser.

On sent aussi chez toi cette fierté de réussir des morceaux incroyables avec des artistes inconnus…
C’est vrai, car il est facile de tomber dans le piège de ne mettre que des noms connus pour essayer de bien vendre le truc. Pour ma part, je suis beaucoup plus dans une logique de servir musicalement le projet. Travailler avec quelqu’un comme Charlie Winston m’a apporté une énorme satisfaction, parce que c’est quelqu’un de talentueux et humainement hyper intéressant. Mais, c’est presque plus gratifiant de réussir à bien travailler avec des gens inconnus. C’est l’occasion de dire : « lui aussi ou elle aussi a du talent ». Faire office de découvreur de talent, c’est à l’heure actuelle, pour moi, ce qui est le plus gratifiant.

Wax Tailor-2009-Zazzo-5Quelles sont les particularités de cet album « In the mood for Life » par rapport aux précédents ?
C’est un album qui est arrivé dans la foulée de « Hope & Sorrow » (2007), en termes de création, mais sur lequel je me suis posé beaucoup plus de questions. Il me restait des envies que je n’avais pas forcément validé, notamment au niveau de l’écriture des cordes et des voix. Il y avait pas mal de choses que je voulais encore approfondir. Je n’ai aucune formation dans la musique classique. Pour moi une partition reste quelque chose de très abstrait. Donc, j’ai pris le temps. J’ai écouté beaucoup de choses et je me suis beaucoup documenté. J’ai rencontré les bonnes personnes et j’ai cherché les bons outils pour le faire. Ce n’est qu’une fois que j’ai estimé avoir tous les éléments que je me suis pencher dessus. C’est donc un album qui laisse beaucoup plus de place à l’orchestration que les précédents. Aujourd’hui, je suis totalement décomplexé. Il y a encore cinq ans, je n’aurai jamais osé rentrer dans un studio et dire à des musiciens qui sortent du conservatoire d’exécuter ça ou ça et de dire ça c’est bien et ça ce n’est pas bien. Désormais je ne me pose plus de question. Peut-être aussi que les gens ont aussi simplement moins d’a prioris. Ensuite, il y a aussi une énergie très différente, car c’est un album qui a beaucoup été construit autour des rapports basse-batterie. Pour ce qui est des featuring, j’avais la volonté d’être encore plus exigent. Etre plus directif, mais aussi faire en sorte que les gens puissent d’avantage se rencontrer et échanger. Je ne voulais en tous cas pas prendre un virage gratuit. Je voulais me renouveler sans me trahir, tout en ouvrant quelques portes.

Tu es actuellement en pleine tournée européenne, après les Etats-Unis. Pour le moment y a-t-il une date qui t’as particulièrement marqué ?
Peut-être la deuxième date au Bataclan. Il y avait beaucoup d’invités, notamment Charlie Winston, Dionne Charles etc. Et tous me disaient la même chose, à savoir que c’était incroyable que des artistes qui n’étaient pas fait pour se rencontrer soient là en train de jouer ensemble. C’est sans doute cette date que j’ai ressenti comme la plus familiale. On a fait la fête pendant deux soirs comme si l’on se connaissait tous depuis vingt ans.

Pour finir, peux-tu me donner tes 5 disques de chevet et me dire brièvement ce qu’ils te procurent ?
C’est dur de répondre, car honnêtement des disques importants pour moi, je pourrais t’en citer quinze. Mais comme ça, je te dirais « 3 Feet High and Rising » de De La Soul, qui m’accompagne depuis sa sortie, il y a vingt ans. Il ne doit pas se passer un mois sans que je ne l’écoute. Pour moi, il reste au sommet de ce que l’on peut faire de mieux en rap. Ensuite dans le plus classique, je te dirais « Sgt Pepper’s » des Beatles, simplement parce que j’ai grandi avec et qu’il n’a pas pris une ride en quarante ans. Ensuite, je dirais Billie Holiday, mais pour le coup je te citerais toute la discographie, car c’est pour moi la plus grande chanteuse de tous les temps. Je te dirais aussi « Speak Like A Child » d’Herbie Hancock qui a eu selon moi une des plus grosses influence que l’on puisse avoir sur la musique. Et pour finir, je te dirais « Days of Future Passed » des Moody Blues, car en termes d’orchestration, c’est un album absolument magique.

 

Propos recueillis pas Augustin Legrand    
Photos : Mathieu Zazzo   



m_fc8317f6fd37417bbed2ac68c1b3df58.pngQuelques prochaines dates :

19 mars : Le Chabada (Angers)
20 mars : Coopérative de Mai (Clermont Ferrand)
25 et 26 mars : l’Olympia (Paris)
1er avril : La Carrière (Nantes)
14 avril : Printemps de Bourges
16 avril : Zénith de Lille
17 avril : Zénith de Strasbourg
20 avril : Circolo Degli Artisti (Rome)

Publié dans Interviews

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article