L'INTERVIEW NESSBEAL

Publié le par Orbeat

ness-9-c-VivienLavauNessbeal est de retour avec son troisième album sobrement intitulé « Ne2s ». Enregistré à Caen et réalisé par Skread, cet opus prouve une nouvelle fois qu’il est l’une des plus belles plumes du rap français. Mais cette fois ci il compte bien le faire entendre au plus grand nombre. Rencontre avec un clown triste bourré de talent et de sensibilité.

Nessbeal, parle-nous un peu de cet album…

Cet album c’est mon troisième, et c’est réellement le troisième chapitre de ma vie. C’est clairement celui pour lequel je me suis le plus amusé, où je me suis le plus amusé en studio. Pour l’enregistrer j’ai complètement changé de contexte parce que tout s’est fait à Caen. Skread a fait la plupart des prods, c’est lui le directeur artistique de Ne2s. C’est un album stupidement génial…

A l’écoute de cet opus on ressent une réelle évolution de ta part, comme si tu avais mûri, accepté et compris certaines choses ; un peu comme si le roi avait enfin accepté sa couronne…

C’est totalement vrai, je n’ai plus les doutes que j’avais avant, je sais qui je suis maintenant. J’ai grandi. Je n’ai plus la pression car j’ai pris conscience de mes qualités et capacités. J’ai franchi un cap. Après avoir vécu une longue traversée du désert, je me sens plus en phase avec moi-même aujourd’hui.

Je t’ai entendu dire en interview que tu avais fait Ne2s en gardant à l’esprit une priorité d’élargir ton public, c’est vrai ?

Je voulais que cet album parle à tout le monde. A la différence des deux premiers qui n’étaient pas faits pour passer en radio. Et si tes sons ne tournent pas à la radio tu n’existes pratiquement pas, à part dans le microcosme du hip hop. Et ca je m’en suis rendu compte lors de mes voyages, les gens ne me connaissent pas…  

Roi sans couronne a été salué par le public, mais boudé par les radios et autres médias, comment expliques tu ce paradoxe et est-ce que tu penses en être en partie à l’origine ?

Bien sûr c’est en partie de ma faute. A l’époque de Roi sans couronne, je n’étais pas doué pour la promo, et je n’aimais pas ça. Je croyais qu’il suffisait de faire un album et qu’ensuite c’était terminé. Aujourd’hui j’ai conscience qu’un album ça se défend. Je dois même avouer qu’avant la sortie de Roi sans couronne je savais déjà que c’était foutu… J’avais compris comment fonctionnait le business, les ficelles du métier ; et je savais que c’était foutu d’avance, les choses ne s’étaient pas faites comme il le fallait. Et comme je le dis dans Ne2s, je suis quelqu'un qui se tire des balles dans le pied…Il m’est arrivé de monter sur scène bourré, ou d’oublier mes textes, des trucs comme ça. Avant j’étais nul en interview, à tel point que certains pensaient que ce n’était pas moi qui écrivais mes textes ! Ca a toujours été un point faible chez moi, je ne connais pas mes textes, je ne les retiens pas. Je suis comme ça ; mais j’y travaille. Mon entourage du moment ne m’a pas tellement aidé non plus. Ensuite ma maison de disque m’a viré, je me suis retrouvé au point de départ, comme si je n’avais rien fait. Et là ça a été la traversée du désert, le vide ; quelque chose qui s’apparente à la dépression. Donc je me suis remis en question, et je pense qu’à chaque album il faut se remettre en question. Pour tout, pas simplement pour la musique. Aujourd’hui ça va, je ne suis plus gêné, j’assume, je suis en phase avec moi même.

D’où te vient ce style d’écriture si poétique et toujours imagé, allégorique, et finalement en contraste radical avec ta manière de parler ?

 Je suis quelqu'un de sensible. Ma musique, elle vient du cœur. Parfois, je vois des choses banales ou des expressions de visages qui vont me toucher parce que je lis et je ressens la tristesse dans les yeux. Je suis un écorché. Quand des gens me disent « Tu as l’air bien Nessbeal tu as bonne mine ! » ou « Tu as l’air heureux ça se voit ! », j’ai envie de leur dire que s’ils voyaient dans quel état je suis à l’intérieur, ils partiraient en courant. Mais mon écriture tout en images et allégories, c’est inconscient, et en même temps cela fait partie de moi car dans ma famille on parle avec des images tout le temps : ma mère, mes grands-parents. C’est un héritage de tradition orale.

Raconte-nous comment est né le morceau Ma Grosse en featuring avec Orelsan…

Je me suis dit qu’il fallait que je fasse un morceau sur mes goûts en matière de femmes. Et il se trouve que j’aime les femmes qui ont des formes, j’ai toujours été comme ça et mon entourage le sait (rires). Connaissant Orelsan et son humour noir, je savais qu’à nous deux on pouvait faire quelque chose de pas mal… Moi-même quand j’écrivais les couplets je riais tout seul, et lorsque j’ai entendu les paroles d’Orelsan, alors là, j’étais mort de rire.

Dans un tout autre registre, tu te confies beaucoup dans l’intimiste Balle dans le pied… 

Oui, je suis un écorché vif, je me fous du monde sans m’en foutre, je suis sociable tout en étant un associable. En fait je suis un paradoxe ambulant. J’aime être seul, dans mon monde. Je me suis tiré une balle dans le pied très jeune déjà. J’ai gâché ma scolarité, j’étais un enfant ingérable.

Pourquoi te voit-on si peu sur scène ?

Je sais… C’est dommage. Mais je vais y remédier. Hier soir encore j’y pensais et je réalisais le nombre de morceaux que je n’ai jamais fait sur scène ! Et quand le moment des concerts arrivera ce sera la folie parce que j’ai trois albums dans les jambes là !!! Jai envie de voir mon public, de le rencontrer, de partir en after avec lui ! (Rires) Il ma fallut une traversée du désert pour me rendre compte de tout ça. Tout le monde en a eu une au moins une fois dans sa vie ; moi j’aurais pu y rester. C’est un arc en ciel de situations et de sensations désagréables. Mais aujourd’hui je prends conscience de mon potentiel.

Cette traversée du désert a donc été très bénéfique pour toi ?

Oui, énormément. Maintenant j’ai le goût à faire les choses. J‘apprends vite, et j’ai pleins d’idées. Aujourd’hui j‘ai envie de faire pleins de trucs, même le cinéma m’attire. Il y a beaucoup de réalisateurs et de scénaristes qui vont prendre leur retraite, il y a une relève à assurer ! Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter Nessbeal ? D’abord la santé, et mon épanouissement personnel.

Propos recueillis par Julie Pujols Benoit

Photo : Vivien Lavau

 

Ne2S, Sony Music

Publié dans Interviews

Commenter cet article