Guru : Quand il y eut un roi !

Publié le par Orbeat

INTERVIEW CULTE

« Je continuerai de construire ma légende » (Guru)

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Le 19 avril dernier, Guru s'en allait. Guru est mort. C'est toute une époque qui se referme et un énorme héritage musical qui restera éternellement. Car, si peu de groupes auront illuminé les années 90 aussi intensément que Gangstarr, on remerciera aussi Jazzmatazz et sa fusion jazz pour avoir amené bon nombre de non initiés au hip-hop. Guru nous quitte ainsi sans avoir jamais retourné sa veste, sans avoir fricoté avec le camp des  sellouts (littéralement « les vendus ») qu'il dénonçait si souvent sur ses disques. Et alors que les 2 derniers Gangstarr se refermaient sur “In memory of” et “Eulogy”, tributes nécrologiques dans lesquels Guru saluait, avec sa sobriété habituelle, ses confrères trop tôt disparus. A l’annonce de la disparition du “owner”, c’est toute la communauté hip-hop et même musicale qui a rendu un dernier hommage à l'une de ses figures les plus respectées.

Nous avons eu la chance de rencontrer la légende une dernière fois à l'automne 2009, lors de son dernier passage à Paris, pour l'occasion accompagné de son désormais inséparable acolyte Solar. Lequel après avoir signé la production du 4ème Jazzmatazz, a repris les manettes sur un dernier opus solo « Lost & Found ». Un album de revival Old School façon 2009, sur lequel on retrouve la verve consciente du Guru, plus éloquente que jamais, dès qu'il s'agit de prôner un retour à l'esprit originel du hip-hop. Visiblement fatigué (aucune information n'a alors encore filtré sur la détérioration de l'état de santé du rappeur), on sent Guru quelque peu vulnérable ce jour là, stressé notamment par les photographes présents qui shootent à la volée sa nouvelle silhouette largement amaigri et qu'il essaye à plusieurs reprises de recadrer. Surtout Guru s'appuie largement sur l’épaule de Solar, lui en pleine forme pour gérer la promo de l'album. C'est même avec le producteur seul que débute l'entretien. Guru nous rejoint après quelques minutes et nous salue sans conviction. Le rappeur serait-il définitivement en mode off ? Finalement l'icône s'anime à mesure que tombent les questions sur cette cause nommée HIP-HOP à laquelle il a dévoué toute sa vie. Un passionné qui le restera jusqu'à son dernier souffle...


Orbeat : Guru, le premier souvenir que j'ai de toi, c'est ton fameux duo avec MC Solaar vers 1993. Toi qui parle souvent des sellouts dans tes textes, tu sais que la carrière de Solaar a pris une tournure bien plus commerciale depuis ?

Guru : Je n'ai pas suivi sa carrière de près ces dernières années. Tout ce que je sais c'est qu'à l'époque je voulais montrer la diversité internationale qui commençait à se révéler. Des choses intéressantes commençaient à naître, entre autre en France, et je trouvais excitant de dresser une passerelle, de montrer que le hip-hop se propageait et s'enrichissait dans d'autres pays.

Orbeat : Le titre de l'album, « Lost & Found » (perdu et retrouvé), fait-il référence au hip-hop ?

Guru : Oui. Mon but n'est d'attaquer personne, mais on est à un stade ou une certaine forme de rap a perdu sa signification, à force de trop se frotter au business. Et c'est ce rap là qui tire la couverture sur lui. Je voulais montrer que dans l'underground, le mouvement est toujours vif et bouillant. On continue de progresser sur le beat et de mettre la barre toujours plus haut pour les lyrics. Cet album c'est le hip-hop en 2009, pas celui de 2006. Le rap game continue d'avancer artistiquement et nous voulons en témoigner.

Orbeat : Quel est selon toi la sensation qui va prévaloir à l'écoute de l'album ?

Guru : Le fait qu'on a vraiment pris du plaisir à concevoir ce disque. On avait quelque chose à dire. La stimulation était là. Et puis il y avait peut-être moins d'attente cette fois et du coup on a vraiment pu aller là où on le voulait.

Orbeat : Solar, beaucoup de gens t'ont découvert avec le 4ème volume de la série Jazzmatazz (ndr: The Hip-Hop Jazz Messenger : Back to the Future). Que représente cet album pour toi ?

Solar: C'était à la fois une opportunité unique et quelque chose de problématique, selon la façon de voir les choses, car à chaque fois que tu as un 4ème album tu dois arriver à te renouveler. Quel va être l'intérêt pour les gens si c'est juste une compilation de ce qu'on trouvait dans les 3 premiers ? Le pari était donc de faire un album de Jazzmatazz que l'on n’avait jamais entendu avant. En studio, on s'est rendu compte qu'il y avait tout ces nouveaux éléments : Common, Damian Marley, Slum Village ou Blackalicious qui se fondaient parfaitement dans le projet et qui lui donnaient une envergure qu'il n'avait encore jamais eu. Le résultat était brillant et nous a offert de toucher un public qui ne connaissait pas le concept de Jazzmatazz, tout en gardant les premiers fans. Une vraie réussite. C'était une nouvelle incarnation plus purement hip-hop qui a converti beaucoup de fans de rap underground.

Orbeat : Ce n’est pas trop dur quand tu fais un album avec Guru de savoir qu'il y en aura toujours pour comparer ton travail avec celui d'un monstre comme DJ Premier ?

Solar : Je pense que c'est une bonne formule pour Guru, car mes prods sont tellement éloignées de celle de Premier qu'il est difficile de nous comparer. Cela permet à notre travail d'être apprécier pour ce qu'il est. Quand tu vois tellement de producteurs qui essaient désespérément de faire revivre le son des années 90… Et puis je vais te dire, on me compare déjà à Kanye West et à Will I Am, donc j'ai l'habitude (rires). Perso, je m'occupe seulement de prendre du plaisir dans ce que je fais.

guru-1.jpgOrbeat : Guru, avec Chuck D et quelques autres, tu es l'une des dernières légendes de l’âge d’or à rester active et pertinente. Te considères-tu comme une preuve vivante que le hip-hop est un vrai mode de vie et de pensées et pas juste un truc d’adolescents ?

Guru : On en revient à ta question sur le titre de l'album. Ils ont essayé d'emballer le hip-hop et de lui coller un sticker : récupéré, emballé, vidé de son essence. Mais ceux qui ont l'amour du son et des lyrics ne se sont jamais posé cette question. Ils savent que le hip-hop n’a pas de frontières et n’est sûrement pas une question d’âge. Quant à moi, je continue et je continuerai de construire ma légende. Le passé est le passé. C'était grand mais seul le présent m'importe. J'aborde aujourd’hui les meilleurs chapitres de ma carrière. Cet album va apporter des perspectives nouvelles tout en reconnectant les gens à cet esprit, cet élan créatif qui a autrefois défini le hip-hop.

Orbeat : Tu penses que ce sont les rappeurs qui portent la responsabilité de cette dilution de la culture hip-hop ? Entre ceux qui essaient de faire revivre le son des 90's et d'autres qui ne pensent qu'à appliquer les recettes commerciales, où est passé le désir de faire avancer le « game »?

Guru : C'est surtout l'industrie qui a instauré ce climat dans lequel tu as l'impression que c'est nécessairement le mainstream qui doit guider les goûts du plus grand nombre. C’est regrettable, mais nous sommes là pour apporter des solutions. Les gens aiment le hip-hop pour sa faculté à exprimer leur vision de la société dans laquelle ils vivent, l'endroit d'où ils sont issus, etc. C'est ce qu'ils viennent chercher et nous en sommes la preuve : nos shows affichent complet et l'album est sur le point d'atteindre les 500 000 ventes. Inutile de te dire que c'est énorme pour un disque purement underground.

Orbeat : Guru, mon album préféré de Gangstarr est « Daily Operation ». J'aurais été curieux de connaître le tiens ?

Guru : C’est sans conteste « Step in the arena» ! C’est l’album qui a confirmé le fait que nous avions un grand rôle à jouer. Tu sais quand je me ballade dans les rues de New York, il y a encore des gens qui m'arrêtent et disent « Eh Gangstarr ! », ça me fait sourire.

Orbeat : C'est normal en même temps. Gangstarr est l'un des plus grands groupes de l'histoire du hip hop...

(Solar coupe) : Non, je crois que tu as mal compris, ces gens pensent que Guru est physiquement Gangstarr, que c'est son nom ! Au moins ils connaissent une bonne référence (rires)...

Propos recueillis par Jean Berthet

Photos : Cyrille Dumont-Dotsou

Publié dans Interviews

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Commenter cet article

Tom 19/05/2010 12:12


Qu'il est irritant ce Solar........


ADELINE 17/05/2010 19:47


Guru de Gangstarr est mort ? C'est trop triste il est mort de quoi ?


aldo 17/05/2010 19:39


fraîche l'itw. Après Dj Premier c'est une belle pierre d'avoir eu Guru avant qu'il parte.
RIP