Yann Couedor : La couleur du son

Publié le par Orbeat

Qui passera à côté ? Pas vous petits veinards puisque la pépite est débusquée dans vos colonnes Orbeatiennes. Vous comprendrez vite que les compositions peinture-collage de l’artiste sont musicales. Yann Couedor peint et colle à sa guise pour donner vie à cette petite musique qui l’obsède. Le portrait est forcement flatteur, les siens le sont toujours. Accrochez vos pupilles et pleurez… c’est beau.

Orbeat : Directement dans le
vif Yann, parlenous de ta formation ?
Yann Couedor : J’ai commencé en arrivant à Tours en 1985 où ma mère m’a inscrit à l’atelier Besse. Arts plastiques, poterie, dessin, peinture sur soie, sculpture… on touchait à tout. Ensuite j’ai déménagé à Paris pour faire un Bac F12 (Arts Appliqués) à l’institut Ste Geneviève dans le 6éme arrondissement. Juste après le bac je suis parti à Cape Town en Afrique du Sud pour préparer un Deug d’Histoire de l’Art international. Et sans rentrer dans les détails… j’ai bien plus profité du pays que de la Fac (rires) !

Or : Quelle est ton approche lorsque tu crées ?
YC : Ma passion c’est la musique mais je ne la maîtrise pas. Ce que je sais faire c’est la peinture. Donc j’ai décidé d’associer les deux. Je prends un réel plaisir. Quand je travaille je ne pense à rien du tout. J’écoute ma musique. Ma du collage. Je ne travaille qu’avec un tout petit pinceau, avec lequel je me sens le plus à l’aise. Mes toiles sont donc millimétrées. Un portait comme celui d’Aalyah m’a pris plus de 6 mois.

Or : Tes oeuvres demandent un gros travail de préparation j’imagine…
YC : Aussi long que le tableau lui-même. Je recherche des articles originaux et des visuels de choix pour immortaliser du mieux possible les artistes que j’adore. Il y a une vraie recherche et une grosse documentation. J’ai ensuite tout un travail pour mettre mes sujets à l’échelle. Je prends très patiemment les mesures des photos. Cela peut prendre plusieurs semaines.

Or : Tu parlais de l’Afrique, Cape Town a dû laisser des traces dans ta peinture ?
YC : Cela m’a laissé des traces dans la tête et cela ressort forcément dans mes mains. C’est un des plus beaux endroits du monde. Il y avait tout un cadre visuel ahurissant comme si la nature faisait elle-même des jeux de couleurs. J’ai vécu aussi l’époque des fêtes sur les plages avec des jolies filles qui se reflètent dans l’océan… Un peu à la Bad Boy Family (rires) ! Je faisais aussi des petits clips. Tout ça a façonné ce que je fais aujourd’hui.

Or : Tu privilégies quel style de musique ?

YC : Je suis un vrai collectionneur. J’adore tout ce qui est afro-américain. Du hip-hop à la soul en passant par le R&B. Cela me vient sans doute de mon père qui aimait beaucoup Bobby Brown. C’était l’époque de ‘‘My Prérogative’’. Tout le monde devrait s’en souvenir. Je devais avoir 11 ans. Depuis je me suis intéressé à ce qui se fait autour.

Or : Peindre ces grands noms c’est ta façon de leur dire merci ?

YC : Exactement. C’est ma façon de rendre hommage à tous ceux dont la musique me donne des frissons. En fait je peins toutes les personnes qui comptent pour moi. C’est pour cela que je fais aussi des tableaux de mes proches. J’essaie de garder le même univers. Mais en priorité je privilégie la musique. Quand je découvre un clip ou une chanson qui me met une claque, je fais tout pour en faire un projet.

Or : Ton exposition a fait un carton mais dans le registre de l’émotion je crois que quelques jours avant le vernissage tu as rencontré Spike Lee… tu t’en es remis ?
YC : On ne s’en remet pas… J’étais juste comme un fan, bloqué. Mon attaché de presse lui a mis mon book sous le nez pour lui montrer son portrait. J’étais quelques mètres derrière, sans être présenté… et je le vois qui s’exclame ‘‘ Damned ! Who is this painter ? ’’ (‘‘ merde, qui est le peintre qui a fait ça ? ’’). Je peux te dire que j’ai mis du temps à m’endormir ce soir là ! C’est un moment court dans la vie… mais en même temps c’est long…(rires). Il a pris mon book, mon numéro… C’est fou pour moi de faire partager mon travail à un mec comme lui. C’est mon inspiration. Comme la fois où j’ai croisé Kanye West qui enregistrait dans un studio où étaient exposées mes toiles. Je le revoie comme un fou devant la toile sur Common ! Tu ne t’en remets pas…

Or : Prochain objectif ?
YC : Les States, avec pas mal d’expositions et de gros évènements là-bas. Je travaille désormais en équipe. Je me suis associé avec une agence américaine, BothSides CreAtive Agency, à Los Angeles. Mais je suis à Paris, galerie Absoluty jusqu’à la fin octobre. Toujours avec cette même envie : je veux coupler mon art à la musique !

Sarah Binet

Publié dans Interviews

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